|
Documentation
- Archives diverses |
|
|
Courrier
adressé par un membre actif du CRAC (Comité
radicalement anticorrida) à l'aumônier des arènes de la ville
de Nîmes (le Père Teissier), et resté sans
réponse. |
|
Concerne : muleta et
vachettes
Révérend Père,
Récemment, quelqu’un m’a
demandé si je connaissais un tableau appelé « L’Abbé à la
muleta ». Non, je ne le connaissais pas. Et on m’a fait
visionner un film où j’ai vu un petit prêtre fluet, visage béat,
en train d’affronter une vachette, tout en agitant un morceau
de tissu rouge, gesticulant, sautillant… Et ce petit prêtre déclara
qu’il montait au ciel quand la vachette fonçait, le rasait,
mais sans rien lui faire… Une fois, elle l’a eu quand même,
la vachette : un coup de corne ici, un là, et encore un plus
bas… Aïe, aïe… eh oui, ça fait mal des coups de corne, ça
fait des trous dans la chair, et des cicatrices ! Et le petit prêtre
de faire l’éloge de la corrida, et de prétendre que les
spectateurs qui entrent dans l’arène ne viennent pas pour
voir du sang ni de la souffrance, mais un COMBAT ! Voyons,
voyons! Personne ne voit les piques fouiller des plaies, ne voit
le sang ruisseler d’un misérable corps mutilé, ne voit le
sang gicler d’un museau poisseux, ne voit les banderilles écharper
la victime, ne voit cette victime s’affaisser pitoyablement…
Non, personne ne voit, même pas ceux et celles, nombreux, qui
sont équipés de jumelles de spectacle ! Tous affectés de
myopie ou de strabisme divergeant ! Parole de petit prêtre, de
serviteur de Dieu, d’homme d’Eglise, de bon pasteur qui paît
ses brebis, d’aumônier d’un lieu de torture qui bénit de
jolis spadassins et les met sous la protection d’une grande
amulette vierge ! Au nom du Pèse et du Fric et du Saint Bénéfice,
ainsi soit-il ! Quelle mascarade !
De qui se moque-t-on Révérend
Père Teissier ??? Votre cœur est-il à ce point nickelé et
votre cerveau est-il à ce point fêlé qu’il vous manque
toute faculté de discernement ? Si je vous comprends bien, les
curieux, présents sur le Golgotha, n’ont sans doute pas vu
non plus le sang couler des plaies dans les mains de Jésus au
moment où les clous y furent enfoncés ! N’ont pas vu le sang
couler de son flanc au moment où une lance fut enfoncée dans
le cœur ! Ils étaient venus juste pour voir un combat ! Le
combat d’un crucifié contre sa propre agonie… Etrange
superposition d’images : arène et Golgotha, toreros et
centurions, aficionados et badauds, taureau bouc émissaire et
Agneau de Dieu chargé des péchés du monde, piques et clous,
banderilles et épines, estoc et lance, applaudissements et
moqueries, grand-prêtre et petit prêtre, rite sanglant et
holocauste divin…
Après tout, dormez sur vos
deux oreilles petit prêtre… Jésus n’a-t-il pas dit : « Père,
pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » ? Mais
tout de même ! deux mille ans plus tard, faites un petit effort
pour le savoir ! Sinon, Dieu vous préparera quelques petites
surprises le jour où vous monterez au ciel pour de bon : un
corral qui sera votre nouveau domicile, plein de vachettes, de
vaches, de taureaux ; une sainte compagne, Véronique, qui vous
confectionnera des chiffons rouges pour que vous puissiez lui
faire des passes sans répit ; des vaches au lait que vous allez
devoir traire matin et soir sous l’œil attentif de Sainte
Barbe… en récitant les Béatitudes. In aeternam … C’est
long à ce qu’il paraît !!
Cher petit Père, si j’éprouve
la nausée devant le monde cynique et vicieux des taurins, de
l’incompréhension devant le rassemblement dans les arènes de
spectateurs tarés, je n’éprouve pour vous que de la pitié,
et tout au plus une envie d’éternuer quand je vous vois déplacer
l’air en agitant votre muleta devant une vachette coquine.
J’espère que, quand vous
mettrez un terme à votre carrière d’aumônier des arènes de
Nîmes, vous aurez encore le temps de réfléchir et de découvrir,
avec compassion, le vrai visage de la corrida… Avec l’aide
de l’Esprit Saint !
Veuillez agréer, Révérend
Père, mes salutations empreintes de tristesse…
Pages
[ Précédente ]
|