Documentation - Archives diverses

Courrier adressé par un membre actif du CRAC (Comité radicalement anticorrida) à Monseigneur Wattebled, évêque de Nîmes, et resté sans réponse.

Monseigneur,

Je vous saurais gré de bien vouloir prendre connaissance de la lettre, en copie, que j’ai adressée au Père Teissier, aumônier des arènes.

J’ai reçu une éducation chrétienne, j’ai toujours inculqué à mes enfants et à mes élèves le respect et l’amour de la vie, de toute vie, y comprise la vie animale. La souffrance humaine me déchire et me révolte, la souffrance animale me choque profondément, à plus forte raison si elle est infligée délibérément par l’homme à l’animal, le plus petit parmi les plus petits parce que sans défense aucune ( Edmond Kaiser). Ce qui est le cas lors des corridas où chaque année, des milliers de taureaux, mammifères comme vous et moi, êtres sensibles à la souffrance, sont torturés et mis à mort, juste pour le plaisir, l’argent et quelques lauriers ! C’est une bassesse et je ne comprends pas comment vous, Hommes d’Eglise, n’adoptez pas une position ferme, explicite, par rapport à ces jeux de cirque inspirés des pires barbaries, de Néron à Dioclétien ! Vous habitez à proximité des arènes et vous joignez votre silence complice aux olé pervers qui déferlent sur la ville, vous faites preuve d’une coupable complaisance pour l’abjection humaine, et vous vous fichez un peu de la présence d’enfants dans les arènes imbibées de sang ou dans des « écoles » où ils apprennent, sous l’égide de l’autorité civile et la bénédiction muette de l’autorité religieuse, à exercer sur des animaux des sévices graves !

N’essayez surtout pas, Monseigneur, de me parler de tradition. Qui de toute façon ne saurait justifier l’injustifiable. Ne prétendez surtout pas que l’animal ne souffre pas. Jusqu’à preuve du contraire. La preuve serait que vous remplaciez le taureau dans l’arène, avec pour toute défense une paire de cornes trafiquées pour la circonstance, et que vous me disiez juste avant d’expirer après un quart d’ heure de « combat » que vous n’avez rien ressenti sous les piques fouillant vos plaies, sectionnant les ligaments au niveau de votre cou, sous les banderilles blessant votre chair, pendant que votre bouche pisse le sang, au moment où vous vous affaissez lourdement, exsangue, épuisé, implorant le coup de grâce, l’estocade finale. Qui le sera parfois après deux ou trois tentatives, peut-être dix, et pourquoi pas 34 … Comme ce fut le cas à Satander 1989 ( revue Toreros, septembre 89 ) !! Et n’avancez surtout pas des arguments stupides comme ceux sortis de la bouche du Père Jean-Louis Bruguès, provincial des Dominicains de Toulouse qui déclara le 25 août 1996 à Midi Libre : « je crois en la vertu purificatrice de la corrida , quand on sort d’une bonne corrida, on se sent purifié, plus léger, mieux, soulagé, rendu meilleur. » Aristote parlait d’un effet de « purgation des passions » produits sur les spectateurs d’une représentation dramatique. Le Père Bruguès confond tragédie grecque et corrida à l’espagnole ! Il oublie en effet que dans une tragédie, les acteurs morts se lèvent et saluent le public, alors que la corrida fait appel à un véhicule expiatoire en chair et en os : le taureau martyrisé. Qui ne se relève plus… Ce Prêtre, qui détourne le message de l’Evangile, aurait besoin d’une psychothérapie ! Il est à la limite dangereux, d’autant qu’il enseigne la théologie !! Les hommes d’Eglise ont trop souvent l’art de jongler avec des sophismes. Et les fidèles, surtout les âmes simples et confiantes, n’y voient que dalle, n’y comprennent que couic !

Monseigneur, n’êtes-vous pas le Bon Pasteur qui paît ses brebis dans de verts pâturages? N’est-il pas de votre devoir de clamer fort et courageusement que corridas et Evangiles sont incompatibles ? Et que les chrétiens auraient mieux à faire que de pénétrer dans des lieux de torture pour y goûter à des plaisirs malsains, ambigus ?

Je m’entends à merveille avec Jésus, nous nous parlons souvent. Et de tout ! Depuis que j’ai découvert la turpitude qu’est la corrida, nous nous comprenons à demi-mot quand nous abordons le sujet. Il m’a dit qu’Il sait Lui la souffrance que subit le taureau, Il sait tout, Lui qui a pris chair ( substance molle du corps de l’homme ou des animaux !), une chair qui fut supplicié à mort. Il sait Lui que l’espèce humaine est la pire qui ait été créée, et d’ajouter que son Père aurait été mieux inspiré de se reposer déjà dans l’après-midi du 5e jour de la Création… Mais Il me console parfois en m’assurant qu’il existe encore des humains et que la cause n’est pas perdue.

J’espère vivement que vous appartenez à ces humains, Monseigneur. Mais alors, s’il vous plaît, parlez et agissez en conséquence. A commencer par interdire qu’un prêtre soit affecté aux arènes… Des milliers de personnes, chrétiens ou non, vous en seront reconnaissants ! Je vous saurais gré de bien vouloir me communiquer votre position par rapport aux corridas…

Dans l’attente de vos nouvelles, je vous prie de croire, Monseigneur, à l’expression de mes sentiments les plus respectueux. 

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Dernière mise à jour : 13/09/2004